mardi 7 avril 2026

être préparé n'empêche pas la douleur

L'asiatique folle, 

est folle, dit qu'elle ne boit plus, un peu comme moi
je dis que je ne bois plus,
et elle m'écrit, on mange ensemble à midi, et je suis un garçon facile
alors on mange à midi et on se bourre la gueule jusqu'à 20 heures, pour se prouver qu'on
ne boit plus
comme
avant

et dans le dernier bar, je connais la serveuse depuis qu'elle a 17 ans
et elle en a surement plus de 40 maintenant
et il ne s'est jamais rien passé, et je pourrais trouver cela dommage tant toujours, je l'ai trouvée
sublime
et elle rit à nos dingueries
et les gens nous regardent parfois bizarrement mais on s'en fout
nous somme bizarres
et on aide la serveuse à empiler des chaises, et les autres, ceux qui nous regardent parfois bizarrement,
ne l'aident 
pas
et je m'autorise à prétendre naïvement à un supplément d'âme
qu'ils n'ont pas, dans la vie
tout est bon pour renforcer son ego

et vient le soir avec la nuit et le chien qui veut courir dehors, résultat ,  j'attaque le reste de mon
boulot à 22h38, j'avais bien fait de m'avancer, (je suis un homme prévoyant et lucide
qui sait que ni l'asiatique folle ni lui, n'ont cessé de boire comme ils le prétendent sans vergogne)

et l'autre jour, sur le chemin boueux, la nuit, je me remémorais la presque doctoresse
trop jeune et si douce, tellement
magnifique
au comptoir du restaurant où je bossais (et buvais) les weekends
elle me chuchotait son histoire, sa maladie et son désir de vivre, collée à moi
m'offrant quelque chose de magique sa main dans la mienne 
sans doute me prenait-elle pour un type bien ou bien s'en foutait-elle que je sois barge
et je voulais l'embrasser, et la baiser, et l'aimer
et la lécher de partout un mois entier, à m'en briser la mâchoire et tous ces murs censés m'empêcher
de retomber amoureux, peu m'importait d'être fou, trop vieux, et de savoir que plus personne
jamais
ne m'aimera n'est-ce pas ?

et je pense d'autre fois
à d'autre femmes
que j'ai
eu
ou
non, j'aime tellement mes inutiles pensées que cela ne me brise plus

même si dans le souffre de mon enfer, résonne mes questions

                    "bébé, qu'as tu à m'offrir qu'on ne m'ait déjà volé ?
                      lequel de tes désirs ne m'a déjà violé ?"

tandis que celles qui aimaient mes mots
n'envoient plus des photos de leur corps dénudé, ne parlent plus de leurs désirs cachés ni
                    de l'amour qui manque
quand on voudrait tant, qu'il marque
pas plus qu'elles ne se plaignent, des hommes qui trahissent et les cassent

elles sont pour d'autres,
elles aussi
ne se caressent plus pour moi devant leur caméra, 
moi,
j'aime toujours autant griffer les peaux et dire des mots sales, me branler, aussi, mais 
je suis devenu encore plus laid
et ce n'est pas si grave

après tout

 je le savais bien

que tout doit se terminer ainsi, dans le froid et les tremblements du désespoir
(être préparé n'empêche pas la douleur)