jeudi 29 octobre 2015

et la folie sera ta chaine

Tu devras tout perdre et accepter de peut-être
ne rien gagner, ni gloire, ni argent, ni reconnaissance
tu devras oublier tout ce que tu as appris
changer jusqu'à ta manière de regarder
rejeter la pensée de tes maitres
jusqu'à ce que tu prouves qu'ils ont tort
ou raison
simplement parce-que tu seras de ceux
qui n'ont ni Dieu ni Maitre
de ceux qui n'ont que la colère et la volonté
pour seules armes
et la folie sera ta chaine
et tu boiras jusqu'à tomber, jusqu'à vomir
loque humaine ridicule allongé sur le gris
trottoir et tu aimeras à en crever
les tripes nouées à la seule idée
de perdre ton amour et tu crèveras
comme un chien errant, parce que tu perdras
ton
amour
et tu apprendras qu'il n'y a nulle justice ici-bas
et à chacun de tes pas
tu payeras comptant tous les prix à payer
et la folie sera ta chaine
et au creux de milliers de nuits solitaires
ta seule lumière sera ton intime certitude d'avancer
sur le bon chemin, vers ce but ultime qui fera de
chaque battement de ton cœur enragé une preuve
de courage, la nécessité d'une vengeance
et à chaque lever de soleil, tu haïras ton visage
dans la fêlure du miroir et tu verseras des larmes
et ton sang aussi
et tu crieras, de rage ou d'impuissance et tu baiseras,
égoïstement ou avec générosité, jusqu'à plus soif, autant que tu pourras
parce que tu connaitras trop bien le gout amer de la solitude
et tu ne voudras gâcher nul instant, nulle chance
et la folie sera ta chaine
et ils voudront te réduire en pièces, t'enfermer, te faire taire
et tu riras comme un dément quand les balles siffleront à tes oreilles
et leur haine en deviendra palpable et brûlante
et tu les mépriseras encore , d'être si faibles, si lâches, tant de vilénie
et de venin en eux
mais tu les envieras
d'être si nombreux
et la folie sera ta chaine
et ils te prendront tout mais tu ne leur donneras rien
et tu vendras ta peau plus chèrement que ton âme
et tu dormiras les yeux ouverts de peur
que la mort te surprenne
et tu saigneras
et tu avanceras, blessé, à l'agonie, seuls contre tous
et alors tu comprendras que ton pire ennemi
n'est autre que toi
et la folie sera ta chaine
Le prix à payer
pour ta liberté
et tu iras jusqu'au bout
porté par quelque chose d'indomptable
tapi au fond de toi
et tu changeras le monde
ou tu le réduiras en cendres grises
et soudain, sans prévenir, au milieu des fous, des cadavres
et des cris
résonnera l'accord parfait
brillera la pure étincelle
la rébellion d'un trait bleu sur le mur blanc d'un hôpital
psychiatrique
le sourire ou mieux, le doux baiser d'un être brisé
par son propre destin
le vers halluciné d'un poème parfaitement ciselé
l'oeuvre ultime d'un peintre fou
la pureté d'un geste simple qui sera tien (oui, tien)
la justification de toute ta souffrance, ta quotidienne
et ordinaire damnation
cette fraction de seconde où tu te retrouveras en équilibre
dans le creux d'une main divine
rien de plus
rien de moins
comme si tu étais sauvé
comme si tout avait un sens
Puis tu chuteras
et tout recommencera
ta quête reprendra
de nouveau tu brûleras
tu oublieras jusqu'au souvenir de ton innocence
et la folie          sera
                         ta chaine




samedi 24 octobre 2015

Un conseil avisé

Aujourd’hui, je dois retrouver ma colère, pas
mon bon cœur
Alors,  à moins d’être sous le coup
D’une maladie incurable et foudroyante
ne venez pas me faire chier
Avec vos problèmes
            Et ne venez surtout pas me parler d’amour
Vous ne connaissez rien à l’amour
            Les chiens savent  l’amour
Pas vous !
            Ce que vous appelez passion n’est que la douleur
de la désillusion
            Dans la plupart des cas
            Vous n’êtes pas amoureux de la personne
            mais de l’histoire que vous rêvez d’avoir
            Avec cette personne
Seulement la réalité est que ni l’histoire ni la personne
            ne vous rendent heureux, mais vous refusez cette réalité,
            la vérité ,
pour lui préférer le gout sirupeux
                        du mensonge
Et vous vous entêtez et vous simulez le bonheur
Mais au fond vous n’êtes plus qu’un sac de chagrin
            Et vous finissez en larmes et vous m’appelez
moi ou quelqu’un d’autre d’assez sympa pour écouter
                        vos stupides jérémiades, stupides
car vous oubliez que vous êtes seuls coupables
de votre souffrance quand vous laissez l’autre vous faire tout ce mal.
Et aujourd’hui
Je me dis que j’aurai mieux fait de baiser toutes ces filles en profitant
de leur faiblesse momentanée
Plutôt que de les laisser se réfugier sur mon épaule, mieux fait de souler à mort
Tous ces mecs pleurnichards venus se faire psychanalyser
Sur mon canapé jaune et bleu à n’importe quel heure du jour ou de la nuit
alors même que je possède la plus chaotique
des vies sentimentales.  Merde ! Est-ce qu’on demande
                        à un schizophrène le secret de l’équilibre mental ?
Aussi, je suis fatigué de vous voir répéter  continuellement les mêmes erreurs
Sans jamais rien retenir de vos échecs pour à l’arrivée
            verser quantités de larmes pour quelque chose
            qui ne vous a jamais fait sourire
            n’a fait que vous détruire et vous affaiblir au lieu de
            vous construire et vous renforcer comme tout
            vrai amour le fait
            Est-ce si dur à comprendre ?
Certes, nous avons tous notre propre manière de se flinguer
            Personnellement j’ai toujours préféré la solitude, la vodka
et l’auto-apitoiement,
et j’en ai fais un blog de pornographie plus ou moins poétique
            que personne ne lit
            Faites pareil !

Un peu avant que ta lumière ne s’éteigne

Un peu avant que ta lumière ne s’éteigne                                                       
Avec p’pa
on a foutu ton chien noir et feu
dans un sac de sport
gris

ce fut pas facile,
mais il a joué le jeu
et on a débarqué dans ta chambre
d’hôpital
tous les trois
C’était le soir et il faisait déjà nuit

et au matin, on a badigeonné
tes lèvres et ta bouche si sèche
de Clairette de Die
ta boisson préférée

            l’infirmière avait dit
si quelque chose lui fait plaisir
faites le !!!

Alors
            on a essayé
et personne ne nous volera
tes derniers sourires
et tes cendres n’étoufferons jamais
tout notre amour

                        la mort est inutile
                        et la colère est vaine
                        il n’y aucun sens à tout ça

Et chaque jour je porterai ton absence comme une cicatrice

Tous ces jours
Je t’ai regardée mourir
Sans pouvoir te protéger, ni t’aider plus
            que tenir ta main quand tu agonisais, te dire que je t’aime

J’étais là quand tu t’es en allée, juste à côté mais je n’ai pas pu
Te retenir
tu as juste arrêté de respirer
                        en douceur, comme si tu avais voulu ne pas nous déranger
Et c’était bien toi, partir sur la pointe des pieds, en catimini
                        Si doucement que j’ai failli ne pas t’entendre

Et j’ai embrassé ton front quand ce fut finit
                        J’étais là et sans doute que la mort
fut une délivrance pour toi, il faut bien se dire ça pour atténuer
            La souffrance de ceux qui restent
                        Toute une vie de supplice, ton corps rongé par la sclérose
Et le cancer pour finir, comme si ce n’était pas assez, Dieu a très peu d’humour
mais il semble bien qu’il sache manier l’ironie

Et ton refus de te plaindre, comme si la douleur
                        n’était qu’une chimère plutôt qu’une fatalité
Apprendre le courage dans tous tes sourires
                        La dignité dans toute ta bonté
Et maintenant nous sommes là, ton mari, tes enfants et tes petits enfants
            Les yeux brouillés par les larmes, le cœur en berne avec ton absence
Pour seule compagnie

            Vient l’heure de regarder les vieilles photos, celles où tu ries
celles où tu es si belle, l’heure de trier tes affaires, jeter tes vieux ouvrages
ceux que tu faisais et défaisais sans cesse pour lutter contre la maladie qui
te clouait au fauteuil, te volait tes jambes et tes bras sans jamais craindre aucune
justice
l’heure de donner tes habits à des associations, de contempler tristement ce vase que
je t’ai offert il y a si longtemps,
d’affronter mille autres objets qui scandent
insolemment que tu n’es plus là
et brillent comme un poignard sous le soleil
                        tes bijoux, ton alliance, ta bague de fiançailles

Dieu qu’elles nous déchirent
toutes ces choses
ces choses qui étaient toi mais qui ne sont rien qu’un vent froid sans toi
                       
j’ai mal m’man, tu sais, vraiment mal
                        quelque part en dedans, dans un coin qui n’appartient qu’à toi
                        un quelque part qui n’était pas cassé, pas encore
                        c’est mal fichu la vie
                        et la mort encore plus

putain c’est pas facile !
pas facile de se persuader que la mort c’est laisser nos âmes s’étreindre
                                    pour un million d’éternités ou plus
alors même que je n’embrasserai
                                    plus que le silence d’ici là

ton absence est la cicatrice qui balafre le sourire de chaque jour nouveau

                                                            

samedi 10 octobre 2015

La diviNe injure

Le doc a fini de percer mon ventre blanc de buveur
de vodka et
j'ai ouvert mes yeux plus grand que le soleil
dans la salle de réveil
et je me suis cru 11 ans en arrière, comme au lendemain de ma sinistre et dernière
tentative de suicide ma première pensée a été de regretter
d'être encore en vie
ce lundi c'était juste moins fort, moins...
                                        douloureux

tout ce chemin parcouru à pied, en rampant, ivre ou fou,
jamais en paix
avec toujours la dépression tapie au fond
      à me ronger l'air de rien, presque...innocente

merde
la page blanche est le ring où je boxe avec les mots
en amour comme en poésie je vise le titre, ah ah ah, l'arrogance
et la prétention sont mon manteau de lumière quand bien même
je suis noyé sous la pluie

mais la vérité c'est que c'est une semaine de merde
dans le même hôpital, au même étage
ma mère et toute sa tendresse sont en train de crever, "quelques mois" a dit la jeune interne
avec l'air ennuyé

J'en veux à la vie, j'en veux à la mort, j'en veux à Dieu
j'en veux au diable, j'en veux à moi d'être incapable d'un miracle

Et je ne ressens que plus cruellement cette simple vérité
la vie est unique, terriblement courte, insoutenable de dureté

je suis sur ce canapé ce soir, en proie à la folie
je songe à ma mère, elle, incapable d'éprouver la moindre colère
la moindre haine,  je sais toute la douceur de ses yeux
et ses sourires s'évaporeront et son nom se conjuguera au passé
et le monde oubliera cette femme
mais pas moi
Aussi vain que je sois, quelqu'un, quelque chose, devra rendre des comptes
sa souffrance est une injure qui demande réparation



vendredi 2 octobre 2015

M'man

Et nous étions là si plein de santé
Alors que la maladie t'attaquait et te rongeait
toutes ces décennies jusqu'à deux jours d'ici où te voilà
allongé sur ce lit des urgences à côté d'une grand-mère
qui insulte les médecins et sa famille
et tu regardes ton mari, une aiguille dans le bras
un tuyau dans le nez jusqu'à l'estomac et tu te désoles de le laisser seul
pour la nuit
et tu lui dis :
"c'est pas moi sans toi"
plus de 50 ans de mariage
et toujours ÇA entre toi et lui
et je me demande comment j'ai pu ne pas croire
en l'amour
alors que la réponse est là, sous mes yeux
mon père et ma mère,
toujours amoureux
ensemble
tout ce temps
lui que tu as choisi contre l'avis de ta famille
lui qui accomplit l'inimaginable, l'impossible
et qui se désole de ne pouvoir te sauver
et le médecin qui nous annonce la sombre nouvelle
et ses craintes cruelles
et nous voilà tous, autour de toi,
à te mentir pour te préserver, faire comme si ce n'était pas
grave
suspendus aux lèvres de la science et de ses intendants
nos sourires de mascarades offerts à tes yeux
la peur aux ventre, nos sanglots ravalés
nous, avec la colère contre la vie
et ce destin, contre l'idée de te perdre
alliée à l'éventualité de tout ce qu'il te reste à endurer
            (Dieu n'a-t-il pas honte pour toute cette souffrance infligé à son ange ?
              Dieu est amour mais il agit comme un psychopathe patenté)
Nous, dans l'attente du résultat d'un examen et peut-être d'un miracle
nous qui espérions pour toi un départ tranquille une nuit
dans ton sommeil mais non,  nous voilà face au spectre
d'une inimaginable douleur et putain nous avons mal
mal à crever,  parce que nous avons peur de demain
et du temps qui passe et nous voudrions
être près de toi à chaque instant, ne pas te laisser seul
sur ce lit d'hopital et jamais tu ne te plains et tu dis que tu as
de la chance de nous avoir
mais c'est nous qui avons cette chance,
Merde !!! Tu rends ce monde tellement meilleur
et je voudrais te prendre dans mes bras
et te dire que je t'aime et pleurer sur ton épaule
et te voir rire et sourire comme quand j'étais enfant
quand tu marchais encore et que tu croyais que la vie
était belle
plus belle
que tous tes rêves
et mes larmes sont inutiles et mes cris
et mes mots sont vains
et je ne peux envisager ton absence,
toi, m'man,
tu as toujours été le soleil où vont se brûler mes obscurités